Par l’équipe éditoriale de la Fondation Perceptis
On dit souvent que l’Afrique est un continent jeune. C’est vrai. Plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. Cette jeunesse est célébrée dans les discours, invoquée dans les politiques, convoquée dans les projets de développement. Pourtant, quand on cherche à savoir qui sont réellement les jeunes Africains, ce qu’ils vivent, pensent, espèrent, les données se font rares. Ou trop générales.
À quoi sert de dire que “la jeunesse est l’avenir” si l’on ne sait pas de quel avenir elle rêve ?
Que disent les grandes bases de données ?
Les institutions internationales produisent chaque année des chiffres clés sur l’Afrique : démographie, éducation, emploi, accès à la santé ou au numérique. La Banque mondiale, le PNUD, l’UNICEF ou l’AFD publient des rapports très complets.
Mais ces données, souvent utiles, restent macro, peu localisées, parfois obsolètes. Elles nous parlent d’une jeunesse africaine “moyenne” — mais pas des jeunesses concrètes, différenciées, situées. Elles documentent l’emploi, mais rarement le désenchantement. Elles parlent d’accès à Internet, mais pas du vide de sens que ressentent certains jeunes en ligne.
Ce qu’on ne mesure pas (ou très peu)
Ce que nous ne savons pas assez sur les jeunes Africains est souvent ce qui fait leur quotidien :
L’ennui, la frustration, l’exclusion sociale ;
Les formes d’engagement informel : musique, humour, entraide, entrepreneuriat de survie ;
Les tensions identitaires, religieuses, régionales ;
Leur rapport à la migration, au pouvoir, à la mémoire.
Et surtout, leurs émotions : colère, espoir, honte, résignation, dignité. Ces dimensions sont rarement présentes dans les enquêtes officielles.
Pourquoi cela pose problème
Sans données vivantes, précises et contextualisées sur les jeunesses, les politiques publiques restent abstraites. On parle “des jeunes”, mais on ne les écoute pas. Les programmes sont pensés pour eux, mais rarement avec eux.
Résultat : un décalage croissant entre les institutions et les nouvelles générations, et parfois, des tensions mal anticipées — politiques, sociales ou identitaires.
Ce que Perceptis veut proposer
À la Fondation Perceptis, nous pensons qu’il est urgent de construire une nouvelle écoute des jeunesses africaines. Cela passe par :
La production de données fines, centrées sur la parole des jeunes eux-mêmes ;
Une approche mixte : questionnaires quantitatifs, entretiens qualitatifs, focus groups ;
Un ancrage local, pour tenir compte des réalités de terrain ;
Une lecture intergénérationnelle, genrée, territorialisée.
En Guinée, un angle mort persistant
La Guinée ne fait pas exception à cette invisibilisation statistique. Les données disponibles sur les jeunes guinéens sont rares, fragmentaires, ou obsolètes. Il existe bien des rapports institutionnels sur l’éducation, l’emploi ou la santé, mais très peu d’études récentes sur ce que pensent les jeunes, ce qu’ils vivent au quotidien, et surtout comment ils se projettent dans l’avenir.
La Fondation Perceptis a donc choisi de démarrer ses premiers travaux de terrain en Guinée, avec une enquête nationale sur les jeunesses guinéennes, qui mêlera questionnaires, entretiens et groupes de discussion. Objectif : mieux comprendre leurs trajectoires, leurs espoirs, leurs peurs, et leur rapport à l’État, au travail, à la migration et à la citoyenneté.
C’est à partir de cette écoute que nous voulons contribuer à refonder les politiques publiques, mais aussi les représentations sociales.
Voir clair, agir juste
Comprendre la jeunesse, ce n’est pas lui parler avec condescendance. C’est lui donner les moyens d’être vue, entendue, considérée.
Voir clair, agir juste, c’est aussi cela : faire en sorte que les jeunes ne soient plus une case dans les rapports, mais des voix, des visages, dans les décisions.